Entre le Paradis et l’Afrique, Retour à la vie marine (II)

La vie sur un bateau de guerre comporte quelque distraction d’un genre tout à fait particulier. A savoir le poste de combat. Comme j’ai déjà pu l’expliquer, ce dernier se tient toujours à des heures impossibles et est censé nous entraîner pour si des fois il y avait un engament combat. Ce qui à notre époque moderne et donc formidable ne durerait qu’un certain temps d’ailleurs plutôt bref. Le temps pour un missile de parcourir la distance qui le sépare de son bateau au notre.

Il y eut donc un poste de combat où j’eus la chance de pouvoir me rendre dans la tourelle bâbord arrière.
Effectivement depuis notre départ de Brest en novembre nous avons eu droit à pas mal de distractions de ce genre et on commence à s’en lasser. Du moins pour ceux qui comme moi n’ont pas d’affectations particulières dans ce genre d’activité.

Cet exercice, prévu par la feuille de bord, me donna l’occasion d’entreprendre par les sentiments « stomacaux » un second maître canonnier.
Lui ayant expliqué, en résumé et en toute gentillesse, que toute peine mérite salaire, celui-ci me permit de l’accompagner dans l’engin, mystérieux pour moi jusqu’à ce jour, qu’était le canon de 100 mm

Si tu n’as jamais entendu tonner le canon de 100 mm équipant la Royale, tu ne peux pas imaginer le boucan d’enfer que cet engin fait retentir à travers le bord. Après un coup violent, tout tremble et donne l’impression que nous venons d’heurter un quai soudainement apparu devant l’étrave du navire.
Comment est ce donc possible de rester à l’intérieur de la tourelle de tir sans devenir sourd et choper le parkinson. Rien de tel que de le tester. Il doit bien y avoir un truc car les canonniers semblent être capable de faire carrière dans notre belle marine et surtout d’en sortir vivants.

Hardi donc.Quelques minutes avant le déclenchement de l’alerte je me rendis discrètement vers la plage arrière du navire où trônent deux superbes tourelles. A l’annonce de l’exercice, le second me fit signe de pénétrer à l’intérieur de l’engin mais surtout, de ne toucher absolument à rien. « Tu regardes avec les yeux uniquement » fut sa consigne stricte que je respectais bien sûr.

Bon ce qui suit est un peu technique quoique vulgarisé. Aussi si le fonctionnement d’un tel engin ne te plait pas, brisons là tout de suite et à la prochaine au Kenya.

A l’intérieur, il y avait, pour autant que je m’en souvienne, trois ou quatre places. Sur les deux places avant, entourant la culasse du tube, se trouvait tout un ensemble de manettes et d’appareils de visée permettant d’effectuer les tirs de façon manuelle.
Tout le centre et l’arrière étaient occupés par le système d’approvisionnement. Cela s’appelle une noria. Les munitions, d’un calibre de 100 mm et d’une hauteur d’environ un mètre, arrivaient automatiquement depuis les soutes prévues à cet effet quelques deux ponts plus bas.

Tu suis jusqu’à là? N’hésite pas à poser des questions surtout

Elles arrivaient en position verticale et, par un jeu de courbes du système de rails les guidant – un peu comme dans un grand huit – elles étaient mises en position horizontale à l’arrivée devant la culasse du tube. Le tir pouvait être commandé aussi bien depuis la tourelle que depuis le Poste de Contrôle Opérations (P.C.O.). Au moment de pénétrer dans le tube, un système automatique réglait la fusée de proximité sise sur l’ogive de l’obus.
C’est bien dit non? Des fois je m’étonne moi même
Ensuite, cet obus était chargé et le coup tiré. Le bruit de départ du tir était bien plus faible à l’intérieur de la tourelle qu’à l’extérieur. Par contre, le chargement du tube par la noria, à la cadence d’un obus toutes les secondes, provoquait un vacarme ahurissant.

J’en reviens aux obus. Chacun de ceux-ci, était armé d’un cône muni d’une fusée réglable pour permettre le tir antiaérien. Les télémètres du bord, une fois la cible repérée, transmettaient au P.C.O. la vitesse de déplacement de l’objet, ses coordonnées, site et azimut, par rapport au navire ainsi que sa trajectoire. Le P.C.O. manoeuvrait alors le canon et calculait le temps que mettrait l’obus pour arriver à son objectif en fonction de la vitesse du navire, de la vitesse de déplacement de l’obus, de la vitesse et de l’éloignement de la cible. La fusée de proximité était donc réglée compte tenu de tous ces paramètres pour que l’obus une fois tiré explose aux abords immédiats de la cible et ne soit pas obligé de la toucher.

Incroyable l’ingéniosité qu’on peut déployer pour massacrer son prochain avec certitude. D’un autre côté il vaut mieux car ceux d’en face font la même chose. Mais il pense de même

Les impressions que j’ai pu ressentir ont vraiment été étonnantes. C’était une impression énorme de puissance qui se dégageait de ce canon. Moi, à l’époque, je pensais naïvement que tout se déroulait de façon manuelle comme dans les films.

Nous avions aussi à bord six « EXOCET » MM38,(missiles à tête chercheuse très efficaces) mais aucun d’eux, pour des raisons financières ne fut tiré. En effet en mille neuf cent soixante-dix-sept, un obus de 100 coûtait environ trois mille francs et un missile deux millions de francs. (pour le missile je ne suis plus très sûr) Nous avons, tout au long de la campagne, tiré tout de même des dizaines d’obus. Ce poste de combat fut donc pour moi riche d’enseignements, aussi, je me promis alors de renouveler l’expérience dans d’autres endroits du bord, si possible. A la fin de l’exercice, je rejoignis mes amis au bar OM, éternel lieu de rendez-vous, pour leur raconter mon aventure.

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