Heurs et malheurs du trou du cul

Ceux qui savent que toutes choses grandes en noblesse et vertu courent le risque d’être méprisées par la fortune ne s’étonneront pas de ce que le cul soit si malheureux, lui en particulier qui réclame davantage d’empire et de vénération que les autres parties du corps ; car il est, à bien y regarder, le plus parfait, le mieux placé et le plus favorisé de la Nature, puisque sa forme est circulaire comme la sphère, et qu’il est divisé par un diamètre ou zodiaque comme elle. Sa position est centrale comme celle du soleil ; son toucher est doux ; il n’a qu’un seul oeil, ce pour quoi pour certains l’ont voulu appeler borgne, et si nous y regardons mieux, il doit être en cela loué, car il s’apparente aux cyclopes, qui avaient un seul oeil et descendaient des dieux de la vue.

S’il n’a qu’un seul oeil, c’est à cause d’Amour tout-puissant (car Amour est aveugle), outre que le trou du cul, du fait de sa grave et haute autorité, ne consent à abuser de pupille ; et en y regardant de plus près, il est plus apte à voir que les yeux, car, bien qu’il ne soit pas si limpide, il a meilleure tournure. Sinon, voyez ceux-là, dépourvus de tout art ; si lisses qu’ils n’ont aucune ornementation, contrairement au trou du cul, riche de plis et de moulures, d’ourlets et de bordures, avec un sourcil qui peut s’apparenter à la queue d’une rosse, ou à la barbe d’un lettré ou d’un médecin. Et on le conserve ainsi, comme une chose indispensable, précieuse et belle, bien caché au plus près du corps, enfoui entre deux murailles de fesses, enseveli dans une chemise, enveloppé dans des chiffons, engainé dans des hauts-de-chausses, emmitouflé dans un manteau, et pour cela dit-on : « Baise-moi là où le soleil n’entre pas. ». Ce qui n’est point le cas des yeux, car il n’y a paille qui ne les gêne, poussière que ne les trouble, éclair qui ne les aveugle, obstacle qui ne les masque, chute qui ne les tourmente, mal ou tristesse qui ne les attendrissent.
Considérons le très révérend trou du cul, qui se laisse tripoter et manipuler si familièrement par toute ordure et tout élément de basse nature. Nous ajouterons en outre que le trou du cul est plus nécessaire que les yeux ; car sans yeux on peut vivre, mais sans trou au cul, ni mourir ni vivre.

C’est par ces quelques phrases que commence ce brûlot écrit en 1623 par Francisco de Quevedo, poète de son état (un vrai celui là, pas de la catégorie branlochard blogueur). C’est vif, écrit sans ambage, avec fougue et humour. Souvent grossier, jamais vulgaire, sauf pour les habituels constipés sans doute.

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Tadpu

Amatrice éclairée de nouvelles technologies. J'espère que mes quelques articles vous distrairont et vous éclaireront. Rédactrice de tadpu.com

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