L’île Maurice (Mauritius)

Et bien avec les beaux jours je suis de retour.
Effectivement cher marin, tout un tas d’aventures me sont tombées dessus et j’avais, je l’avoue, délaissé mon récit.
Mais j’ai de la mémoire, et même si elle rame un peu, je ne t’avais pas oublié, et j’en avais, je le confesse, quelques remords.
Reprenons donc notre périple où nous l’avions laissé, c’est à dire dans l’île Bourbon ou île de la Réunion. Que nous nous apprêtions à quitter au demeurant pour nous rendre non loin de là dans l’île Maurice.

Que me dis tu? Le patron du café du commerce se serait acheté une île dans l’océan indien?
Mais non il ne s’agit pas du patron de du troquet du bout de la rue mais de MAURITIUS, l’île paradisiaque.

Quoi encore?
Toutes les îles sont paradisiaques avec moi?
Et s’il me plaît qu’il en soit ainsi, non mais des fois, c’est moi qui l’écrit se récit à la fin.
Va falloir arrêter de m’enlever le stylo car au train où l’on va même les sénateurs seront arrivés avant nous.

Va tu cesser à la fin?
Quoi tu ne comprends pas ce que vient faire les sénateurs dans la discussion?
Est ce que l’expression mener un train de sénateur te cause?

Non ? Alors laisse tomber et suis moi.

Poste de manoeuvre, Poste de manoeuvre beugla le haut parleur sans avoir oublier de nos infliger une sérénade au clairon en préalable.
A chaque départ, le même cérémonial qui, somme toute, nous rendait impatient de retrouver la haute mer mais aussi de rêver à la prochaine escale et celle ci avait de quoi nous enchanter.

Noter voyage vers l’île Maurice aurait pu être plus court mais une opération militaire conjointe avait été décidé par le haut commandement. Elle sont toujours décidées par la haut commandement.
Petites précision quand même, chez les rosbifs, c’est l’amirauté qui décide, chez nous on ne sait pas trop alors haut commandement fera l’affaire.

Bref, nous voici dans l’opération Orchidée avec coprs débarquement et assistance de l’artillerie navale.
Pour faire bref , je vous fait un petit topo.
L’île pour l’exercice avait été divisée en deux camps. La partie ouest, Alpha, représentait le camp ami attaqué par des éléments de la partie est, Bravo. La Jeanne ainsi que le Forbin, l’Ouragan et le Champlain formaient la force d’intervention. L’Ouragan et le Champlain opéraient dans la région de ST Paul et la Jeanne et le Forbin croisaient en vue de terre pour appuyer les troupes au sol de leurs artilleries de 100 et 127 mm.

L’opération début a le 5 janvier au matin par un assaut vertical, comprenez un largué de para et un héliportage en tout 3 compagnies et le débarquement sur une lage du groupement Alpha.

N’étant pas plus concerné que cela je pris la feuille de service afin de m’enquérir des prévisions météorologiques.
Peu nuageux devenant nuageux l’après -midi avec averses locales près du littoral.
Vent calme dans la matinée s’orientant secteur S.E. 8 à 12 noeuds.

L’exercice fini, notre escadre prit la direction de l’île Maurice, qu’elle rejoignit trente-six heures plus tard, par une mer belle avec une visibilité de huit à douze milles nautiques (1852 m le miles).
Mauritius étant par beau temps visible de la Réunion, nous fîmes donc moult ronds dans l’eau avant d’arriver.

Le matin du sept nous fûmes en vue de Port Louis capitale de l’île Maurice et le désir de passer la coupée était très fort, surtout depuis que nous avions eu des descriptions d’anciens ayant déjà séjourné en ces lieux.

C’est une île à l’histoire aussi mouvementée que celle de la Réunion. Découverte elle aussi par les portugais, gouvernée par les français dans les mêmes conditions et par les mêmes personnes, elle fut ensuite aux mains des anglais en 1810 et devint leur possession en 1814. Merci Napoléon!
Gouvernée sous la même juridiction que les Seychelles, elle devint indépendante en 1969.

Le marin est rarement un homme riche aussi, je pâtis encore de conditions économiques médicocres. Bref mon porte-monnaie était presque vide.
Néanmoins, avec le courrier, je reçus de mes parents leurs premiers dollars que j’économisais en vue des escales australiennes et surtout dans l’optique de Singapour, le paradis des appareils photos.

Je suis donc peu sorti du bateau mais je visitais quand même assez bien les alentours.
Sam et Fanfan, plus en fortune, louèrent une Mini Austin blanche et vinrent plusieurs fois me chercher pour aller se promener.
Imagine moi l’ami cette île rocailleux aux champs dans lesquels poussent tellement de cailloux qu’il faut en faire des tas, que dis je de petites dunes de 5 mètres de haut pour 20 de long et cela tout au long des côtes que je pus visiter. Incroyable travail des îliens pour dégager des terres cultivables.

Mes amis m’amenèrent avec eux lorsqu’ils partirent vers pamplemousse et ces fabuleux jardins aux nénuphars géants.
Et quand je te dis géant c’est même gigantesque. Deux m^tres de diamètres le nénuphars§. Tu pourrais tu coucher dedans.
Par contre, faute de temps et d’argent, je ne pus voir les terres aux sept couleurs et je dois dire que cela m’a laissé un goût d’inachevé.

Dans la capitale, Port Louis, je retrouvais les mêmes sensations qu’au Kenya et l’esprit anglais d’outremer s’y faisait sentir. Par contre plus encore qu’à Monbasa ce fut la misère qui me sauta carrément dessus.
Le mauritien est quelqu’un de souriant, mais les gens, selon nos critères occidentaux, me parurent bien pauvres et cela gâcha la sensation d’extraordinaire dépaysement de cette escale.

Un soir je vis l’ami Sam, toujours original, revenir avec tout le matériel du vrai pêcheur. Canne à pêche en bambou et out l’attirail, à savoir fil, hameçons et moulinet, cela nous fit bien rire. Se prenait-il pour un nouvel Hemingway?

Mais je lui trouve encore une excuse à l’ami Sam car il faut savoir qu’une des activités principales du touristes ici est la pêche au « gros ». C’est même l’attraction de l’île. On vient du monde entier pour se frotter aux marlins, espadons et autres poissons voiliers. Le prix de cette pêche était prohibitif pour nos bourses car il fallait louer pour la journée, le bateau, le pilote, le matériel et aussi acheter le carburant. Ce plaisir ne resta donc qu’un rêve.

L’escale s’acheva tranquillement. Seules les corvées furent plus importantes que d’habitude car nous allions avoir dix-huit jours de navigation sans pouvoir ravitailler en produits frais. Pendant dix-huit jours nous serions loin de toute « civilisation », même si nous allions rencontrer quelques êtres humains là bas dans les TAAF.

Mes compères ne sont pas avare d’aventures. Après une première escale mouvementée à Alexandrie et visite d’un commissariat local, après de grosses chaleurs dans les bouges de Djibouti et des péripéties sur la latérite du Kenya, voici qu’à cause d’eux il fallut modifier les formulaires de sortie des permissionnaires

Imagine toi, cher lecteur, que pour sortir d’un bâtiment comme la Jeanne d’Arc il faut être muni d’une autorisation dument signée des autorités du bord.
Prétextant dune suite de trois jours de dimanches à terre, où il n’est nul besoin de revenir à bord pour dormir, mes deux compères s’octroyèrent une sacrée virée.
Là où le bas blesse, comme on dit, c’est que le troisième jour ne l’était pas et ils auraient du être à bord à 07.00.
A leur retour ils étaient, comme tu t’en doutes, très attendus par les autorités du bords ci dessus mentionnées, Bidel ne tête suivi de près par le CSI (chef du service intérieur) qui commençait , pour ce dernier, à avoir l’habitude de les rencontrer.

Une fois le navire en mer, il y eut comme de coutume, l’appel des punis. En présence du CSI, ils expliquèrent qu’ils ne comprenaient pas pourquoi ils étaient là, ils avaient donné leurs feuilles de sortie à la coupée, et celles-ci par conséquent, avaient du être visées par le bureau du capitaine d’arme (le Bidel).
Le Commandant BOSC demanda alors à ce qu’on lui apporte les feuilles susnommées. Il fut impossible de les trouver, bien qu’elles eussent du être gardées quinze jours. Preuve que le bureau avait fait une « boulette ». Avec le bénéfice du doute, ils furent relaxés et le bord changea donc la formulation des billets de sortie, le système de tampons et de signatures.
Je tiens, après tant d’années et donc de prescription à rétablir la vérité. Arrivés à la bourre avec leur feuille et pressés de sortir, ils avaient tout simplement pris le paquet de feuilles sur le bureau du ‘bidel’ et l’avaient porté à la coupée où, sans autres vérifications, les permissionnaires furent autorisés à sortir.
C’est dans cette ambiance de franche hilarité, après avoir pendant un temps craint le pire, que je vis s’éloigner les côtes de l’île Maurice.
Le navire quitta donc Port louis et piqua au sud vers les 40ème. J’étais impatient de voir ça et je ne fus pas déçu comme tu t’en apercevras bientôt.

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