La première sortie (Episode II)

Alors là écoute moi bien ô apprentis mataf

Un navire c’est un dédale, que dis-je, un labyrinthe et qui ne sait pas s’y reconnaître finit pas s’y perdre à jamais.

D’abord je vais te fournir quelques caractéristiques techniques concernant la Jeanne afin que tu te fasses une idée un peu plus précise de l’environnement dans lequel tu viens de poser ton sac. (*)

Caractéristiques du bâtiment Jeanne D’arc
Déplacement (*) : 10 575 tonnes (13 270 pc)
Dimensions (mètres) : 182 x 24 x 7.3 mètres
Vitesse : 26,5 nœuds (*)
Propulsion : 4 chaudières multitubulaires, type dissymétrique, timbrées à 45 kg/cm² et surchauffe 450°, 2 turbines Rateau, 2 hélices.
Puissance : 40000 Ch (29 420 kW)
Usine électrique : 4400 kW
Distances franchissables : 6800 nautiques à 16 noeuds, 3 750 à 25, 3 000 à 26,5.
Equipage : 31 officiers + 182 officiers mariniers + 414 quartiers-maîtres et matelots, 150 officiers élèves.

Armements :


6 rampes Exocet MM 38
Caractéristiques
MM38
Poids total 735 kg
Charge 165 kg
Vitesse max Mach 1 5
Longueur 20 m
Diamètre 0,35 m
Envergure 1 m
Portée 38 km
Observations : Doté d’une forme classique, le missile a un corps cylindrique précédé d’une ogive. Il possède une voilure cruciforme à forte flèche et un empennage situé dans les plans de la voilure. Sa conservation se fait dans des conteneurs-lanceurs étanches en alliage léger.
La conduite de tir utilisant la position du but donnée par le radar de veille, surface du bâtiment, comprend les équipements nécessaires à l’envoi au missile de la verticale, de la distance et de l’azimut du but.
Le lancement du missile a lieu à une faible élévation (environ 15°). Après une courte phase ascensionnelle, il rejoint son altitude de vol et se stabilise entre 3 et 5 mètres. La stabilisation est assurée par une sonde radio-électrique.
Durant la première partie du parcours, le missile est guidé par une centrale à inertie. A une certaine distance du but (12 à 15 km) l’autodirecteur électromagnétique actif le recherche, l’acquiert et guide le missile vers l’objectif. La mise à feu se fait soit par impact, soit par proximité, suivant les conditions de l’interception, la taille du bâtiment et l’état de la mer.

4 tourelles 100 mm Mle 53
Caractéristiques
Diamètre : 100 mm
Calibre : 55
Masse : 22 tonnes
Poids de la munition 23,6 kg
Portée maxi : 17000 mètres à élévation de 40°
Portée maxi pratique : 6000 mètres contre but aérien
Portée maxi pratique : 12000 mètres contre but surface
Vitesse de pointage latérale 40° par seconde
Vitesse de pointage verticale 29° par seconde
Vitesse de l’obus : 870 m/s
Cadence de tir : 78 coups/mn

4 mitrailleuses de 12.7 mm

Aéronavale :
4 HSS (Sikorsky S55)

et 2 Alouette III

et à mon époque, 2 Dauphin 001 et 002 (en 78-79)



(*) Sac : pas de valise dans la marine mais un grand sac de toile

(*) Déplacement : Le déplacement d’un navire est l’espace occupé dans l’eau par ce navire flottant ; c’est donc le volume d’eau auquel ce navire s’est substitué. Or, le poids de ce volume d’eau est le même que celui du navire. Merci à Archimède. Ainsi, pour connaître le poids d’un bâtiment à chacune des périodes de son armement, il suffit de calculer le volume de sa partie immergée en mesures cubiques ; et, comme le poids de chacune de ces mesures cubiques, évaluées comme le fluide lui-même, est connu, on en déduit facilement, le poids d’un navire à ces mêmes périodes : en anciennes mesures, le pied cubique d’eau de mer est estimé peser 72 livres; et en nouvelles, le mètre cubique, 1026 kilogrammes.
On peut dire qu’un navire déplace 4000 tonneaux (*)

(*) Tonneaux : Un tonneau est une futaille qui, lorsqu’elle est pleine d’eau, est supposée peser 1000 kilos ou 2000 livres. On lui donne aussi le nom de « pièce de quatre », parce qu’elle est de contenance de 4 barriques dont le poids, lorsqu’elles sont pleines d’eau est de 250 kilos chacune ou environ 500 livres.
Il est à noter que le tonneau de la marine de commerce est un peu plus petit à 978,78 kilos alors que celui de la marine d’état est de 1000 kilos.
Toutefois, si le volume de la carène ou de la tranche a été calculé en mètres cubiques, comme le mètre cubique d’eau de mer pèse 1026 kilos, on obtient le poids de cette carène ou d’une de ses tranches représentant, par exemple, le chargement, en multipliant le nombre de leurs mètres cubiques par 1026 kilos.

(*) Nœud : vitesse correspondant à 1 mile marin (*) à l’heure ou 1 nautique

(*) Mile marin : est égale à 1/3 de la lieue marine (*)

(*) Lieue marine : ancienne mesure de longueur conservée, chez les marins, parce qu’elle a la propriété d’être la 20e partie du degré d’un grand cercle de la terre, et que, se subdivisant en 3 miles, la longueur du mile est égale à celle de la minute de degré de ce grand cercle.
La lieue marine est, à très peu près, de 2851 toises(*); ce qui équivaut, environ, à 5 555 mètres

(*) Toise : La toise étymologiquement signifie « l’étendue des bras », c’est-à-dire l’envergure des bras. Elle a donc comme base la distance entre le bout des doigts, les deux bras étendus.
Il y a exactement six pieds dans une toise. Pour un pied « normal » de 30 cm environ, cela donne une étendue naturelle de 1,80 m environ.
La toise est indirectement définie par la définition du mètre décimal même :
La loi du 19 frimaire An VIII 10 décembre 1799 établit que « le mètre définitif » est égal à 3 pieds et 11,296 lignes de la toise de Paris ».
Ceci dit, la toise du Châtelet ou de l’Académie est désormais exactement 54 000 / 27 706 m. C’est donc environ 1,949 036 310 mètres.
En fait, pour mesurer 1/ 10 000 000 du quart d’un grand cercle longitudinal, le mètre aurait due être environ 3 pieds et 11,38314 lignes.

Tu suis encore ? tant mieux, car ce n’est pas terminé. Accroche toi c’est parti.

Ce bateau, relativement grand donc, comporte une multitude, le mot n’est pas usurpé, de locaux plus ou moins grands.

C’est pourquoi, ce superbe porte-hélicoptères est divisé en tranches, comme un cake, repérées alphabétiquement de A Alpha à O Oscar(*) et ceci de l’avant vers l’arrière.
Il est aussi découpé en ponts et plates-formes repérés par un ou deux chiffres. 0 étant le pont principal, 1 le premier pont ou la première plate-forme, 01 le premier faux pont et ainsi de suite. Chaque local est donc repéré par une lettre, celle de sa tranche, et par trois ou quatre chiffres.

– Le dernier indique le rang de la pièce par rapport à l’axe du navire, en comptant en chiffres pairs ou impairs.
– Chiffres impairs pour tribord et chiffres pairs pour bâbord.
– Si le local est sur l’axe, il est numéroté par un 0.
– L’avant-dernier chiffre indique le rang du local à partir de la cloison avant de la tranche.
Par exemple, le repère D213, qui est le bar de l’équipage signifie que le bar est dans la tranche D DELTA, qu’il est sur le deuxième pont, qu’il est le premier local de sa tranche et le deuxième sur tribord à partir de l’axe du navire.
Ces repères et cette codification savante sont très utiles à tous mais surtout à l’équipe de sécurité. Il est effectivement plus facile de dire : « Alarme incendie en D0343 » que, « Il y a le feu chez le cordonnier ».

(*) Alphabet international
Alpha, Beta; Charly, Delta, Echo, Foxtrot, Golf, Hotel, India, Juliette, Kilo, Lima, Mike, November, Oscar, Papa, Quebec, Romeo, Sierra, Tango, Uniforme, Victor, Wisky, Xray, Yankee, Zoulou.

A ce niveau on va pour voir prendre la mer.

Durant ce bref séjour en mer, une semaine, outre que nous nous amarinions, j’ai pu tester ma résistance au mal de mer. En octobre, naviguer dans le golfe de Gascogne n’est jamais une partie de plaisir, la mer y étant généralement très mauvaise. Notre chef cuisinier, un vieux maître d’équipage, m’a expliqué que pour ne pas être malade, il fallait manger de façon consistante mais pas trop lourde et ceci avant que cela ne remue trop.

C’est de même, pendant cette semaine, que j’ai découvert le caractère strictement militaire du bâtiment, ainsi que l’expression 2 minutes 14. C’est avec étonnement que fit irruption dans ma vie le « Poste de combat ». Alors que tranquillement je devisais avec mes collègues, confortablement installés au bar O.M., le haut parleur du bord diffusa : « poste de combat, poste de combat, la tribordée Alpha de quart! » Ce fut immédiatement un remue ménage intense dans tout le bâtiment. Tout le monde se mit à courir vers son lieu d’exercice. Nous nous sommes alors regardés interdits. N’ayant pas été informé du rôle que nous aurions à tenir en de pareilles circonstances, nous sommes redescendus au mess, un pont plus bas.

J’avais remarqué que chaque tranche ou chaque pont se refermait de façon étanche au moyen de lourdes portes en acier munies d’un système de fermeture à roue. Au-dessus de chacune d’elle était placée une plaquette comportant six numéros – de 0 à 5 – situés dans des carrés de couleur verte, orange ou rouge. Ce n’est que lorsque le haut parleur diffusa : « Poste d’étanchéité N°3 » que j’en compris la signification. Si pour le chiffre mentionné la couleur est verte, alors la porte doit rester ouverte. S’il est orange la porte doit être fermée, mais peut être ouverte pour permettre un passage, puis refermée ensuite. Si par contre elle est rouge, tout passage est strictement interdit, et la porte ne peut en aucun cas être ouverte.
De plus on peut modifier la pression de l’air dans les tranches ainsi isolées. Pour la salle à manger, la couleur était verte.

Lorsque tout l’équipage fut à son poste, chaque planchette, ainsi appelle-t-on le regroupement de personnel sous la responsabilité d’un gradé pour un poste de combat déterminé, donna sa situation de présence. Divers ordres furent retransmis dont un exercice incendie dans un local situé dans les faux ponts du navire. Dans une coursive, nom donné à un couloir intérieur d’un bâtiment, située entre l’office et la cuisine je pus voir s’équiper des membres de l’équipe « sécurité- incendie ». Ils endossèrent leur tenue ignifugée, leur masque à gaz et leur « Fenzie ». Le Fenzie est un respirateur autonome. Ils avaient 2″14′ pour s’équiper. C’est le temps maximum accordé à ces hommes pour être fin prêt. C’est par extension une expression employée pour signifier qu’il faut rapidement exécuter un ordre.

L’ordre « Fin de poste de combat » nous permit de vaquer de nouveau à nos occupations habituelles. Le second poste de combat eut lieu vers trois heures trente du matin et se déroula selon le même principe.

Après une semaine de mer, c’est avec plaisir que le vendredi après-midi, nous avons regagné Brest et le train pour Paris, laissant de service Valet et Galland. J’avais auparavant assisté au poste de manœuvre. La Jeanne arrivait lentement depuis la haute mer dans la rade foraine de Brest pour être alors prise en charge par les remorqueurs de l’arsenal, jusqu’au quai où elle fut amarrée par des aussières sur les bittes du quai. Des défenses latérales, faites de pontons munis de pneus, furent également mises en oeuvre pour protéger les flans du navire contre tous risques de ripage.

Allez chers marin je t’accorde une 48
Bon vent

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