La vie quotidienne à Hourtin plage

Il faut quand même vous dire que cela n’avait rien à voir avec un club de vacances.

La fin d’après-midi étant là je trouvais 3 copains de chambrée pour une belote.
-Comment j’avais des cartes ?
– Vieux réflexe d’internat tout simplement
Bref la partie continua même après le repas de 18.00 jusqu’à l’extinction des feux à 22.00.

Dès 06.00 la mélodieuse sonnerie du clairon nous tira du lit et le rituel immuable commença.
Faire sa toilette, faire son lit, prendre le petit déjeuner telle est la première activité de tout bon marin.
Ensuite désignation des volontaires pour les postes de propreté, ainsi appelle-t-on le période de temps qui débute la vie active et quotidienne du marin. Le marin est quelqu’un de propre, presque un maniaque de la propreté et je dois dire que cela est assez justifié sur un bateau où la promiscuité n’autorise aucun relâchement sur ce sujet.

L’après midi ce fut nos premières marches au pas cadencé et là, j’ai découvert la connerie humaine. Non pas du côté du fusco qui voulait nos faire avancer dans un ensemble parfait ou presque mais du côté de quelques individus refusant obstinément de se plier à cet ordre. Cela n’aurait pas eu de conséquence si quelques jours plus tard ce même fusco, désespéré par la connerie humaine annonça :
– C’est bien simple où vous marchez comme on vous le demande ou vous n’irez pas manger.
Il faut dire que nous étions un peu la risée des autres compagnies qui nous voyaient faire des tours de cours alors que eux en avaient terminé depuis longtemps.
Cela se termina « deux claques dans la gueule » plus loin et nous ne fûmes pas privé de repas. Il faut dire que l’on touche là un point sensible pour moi.

Donc la vie du marin faisant ses apprentissages n’a rien d’une aventure mais j’étais déjà heureux d’être là plutôt que derrière un char en Allemagne.

Si la rencontre d’un col en loutre, là il vous faut suivre l’intégralité des mes discours car je ne reviendrais pas dessus, fut un coup de chance mon capitaine de compagnie ne fut une autre. Je vous ai expliqué plutôt qu’il y avait des Officier de Marine et des Officiers de LA Marine en vous disant que le LA avait son importance. Dans le premier cas l’officier est issu de l’Ecole Navale et dans le second il est issu du corps des équipages. D’où l’appellation d’Officiers des Equipages. Ceci est un reliquat des officiers rouges ou bleus de l’ancienne marine à voile de la royauté.
Donc, vous l’aurez deviné, mon capitaine de compagnie, un lieutenant de vaisseau, était un officier des équipages et je me présentais ainsi devant lui pour le choix des affectations car, dans la marine, l’appelé pouvait émettre des desideratas :

– » Bonjour monsieur l’officier des équipages » Fis je en entrant dans son bureau.
Il fronça les sourcils et avant qu’il ne puisse me répondre, j’enchaînais :
– » Vous avez les mêmes que mon père ».
– » Ah bon « répondit il un large sourire aux lèvres, il est encore d’active ? »
– » Non il a fini il y a sept ans »je lui dressais un rapide portrait de mon père. Il ne se connaissait pas.
– » Alors qu’est ce que tu demandes pour tes trois affectations »
– » Jeanne d’Arc, Jeanne d’Arc, Jeanne d’Arc » dis je fièrement.
-« Tu sais c’est difficile même lorsque l’on est aidé. Cela peut échouer alors tu devrais donner des choix supplémentaires. »
– » Alors en 1 Jeanne d’arc, en 2 Outre-mer embarqué et en 3 Outre-mer à terre »

La vie quotidienne s’était, au bout de quelques jours, agrémentée de poésie pendant les marches. On pouvait entendre dans la grande cour de la base, des chants édifiants parlant de fiers marins que regardaient envieux de jeunes civils qui, comme un seul homme décidaient de suivre le mouvement. Je trouvais ces chants stupides à cette époque, j’en garde maintenant de bons souvenirs, la nostalgie je pense. Cependant quelques dérivatifs existaient. J’ai pu passer mon permis de conduire militaire et devins « COVEL ».

Troisième coup de chance, une loi de mai 1977 permettait de souscrire une prolongation de mon service national, prolongation de neuf mois supplémentaires. la Jeanne d’Arc faisant un tour du monde complet sur deux campagnes, je m’étais dit qu’il serait intéressant de prolonger mon service à cette fin. Surtout que cette prolongation, prenant effet dès le mois suivant, apportait des avantages financiers non négligeables. C’est à dire la paye des engagés à grade égal, leurs congés, mais pas leurs responsabilités éventuelles car nous ne restions que des appelés.

Arriva le jour au l’on nous conduisit sur le lac afin de ramer. Là, se trouvaient des canots, embarcation de seize à vingt places. Nous sommes montés tous à bord en essayant de ne point chavirer ou tomber. C’est au moment de prendre les avirons et de nager, qu’un matelot arrivant en courant vint s’enquérir de la présence éventuelle du matelot Surcouf. Il m’enjoignit alors de me rendre chez le capitaine de compagnie.

– » Apprenti matelot Surcouf (permettez moi de garder mon surnom), à vos ordres Capitaine. »
– » Repos mon gars. Tu pars chez toi 4 jours avant de rejoindre le porte hélicoptère Jeanne d’Arc. Félicitations, j’espère que tu es heureux ? »
– » Beaucoup mon capitaine »
– » Passe une bonne campagne et profites en bien. »

Il me serra la main et je quittais son bureau rayonnant de joie. Le grand jour était arrivé.
C’était le vendredi 16 septembre 1977

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