Le départ

Tout au long de mes aventures je vous expliquerai les termes particuliers qui apparaîtront au fur et à mesure tel que bosco, gabier, motel et bien d’autres.

Mais en attendant nous voici début septembre 1977 ; je somnolais dans ce train qui m’emportait vers Bordeaux et mon destin.

Mon père m’avait accompagné à la gare. Les moments furent forts. Les regards comptaient énormément, la dernière poignée de main, je la ressentis comme une transmission, un bâton de relais qu’il me passait. 30 ans plus tard je me souviens de tout ces moments, je les ai gravé dans ma tête et, alors que je vous écris, il défilent devant mes yeux.

Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de tels moments mais je vous le souhaite.
Bref, un petit voyage en train avec en poche le billet pour le CFM Hourtin (*) et me voici à Bordeaux.
Certains pouvaient penser que cela allait être des vacances. Ils allaient déchanter rapidement.
Dès mon arrivée sur le quai de la gare je sus instantanément que j’étais un marin, tout neuf mais un marin. Le comité d’accueil n’était pas fait de gentils GO mais d’hommes en uniforme, de vrais matafs (*) chargés de nous escorter jusqu’à notre villégiature aquitaine.

Une traversée rapide des vignobles prestigieux qui ceignent la capitale girondine et me voici devant l’aubette de la base (*).
Arrivée sur place des fuscos (*) nous firent mettre en rang, et le dressage commença.

On nous rassembla en sections. Plusieurs sections formant une compagnie. Je me retrouvais dans la 3ème compagnie. Ensuite, des anciens (ils avaient trois semaines d’ancienneté) nous firent une visite guidée des lieux d’habitation. Les couloirs étaient fraîchement lavés et astiqués. Les cuivres des lumières de secours rutilaient, comme tout ce qui est visible dans la marine.

Un matelot nous montra notre chambrée. Là, se trouvaient une douzaine de lits superposés. J’en choisi un en bas, au milieu de la pièce. J’ai appris en internat, qu’à chaque fois qu’un responsable rentre dans une chambre pour venir chercher un volontaire pour une corvée, il choisit celui-ci toujours en haut (à hauteur des yeux), à l’entrée ou au fond de la pièce. Ma valise déposée sur le lit j’attendis patiemment la suite des événements qui ne tardèrent pas à se préciser.

La porte s’ouvrit brusquement. Un gradé surgit soudain, nous intimant l’ordre de nous réunir par sections dans la cour se trouvant devant l’immeuble. Une fois tous alignés, on nous montra un petit bâtiment où nous devions nous rendre afin d’y percevoir nos effets militaires.

Il fallait voir cette enfilade de jeunes gens habillés de manière bigarrée. A y repenser, les pauvres militaires chargés de nous encadrer devaient se dire qu’ils avaient du pain sur la planche. Nous passâmes, en rang d’oignon, devant de jeunes appelés qui nous délivrèrent l’ensemble de notre paquetage, à savoir :

– 2 pantalons de drap bleu.
– 2 tricots rayés.
– 1 vareuse bleue.
– 2 cols blancs.
– 1 bonnet.
– 1 pompon rouge.
– 1 ruban noir marqué MARINE NATIONALE.
– 1 jugulaire blanche.
– 2 paires de chaussettes noires.
– 1 paire de chaussures noires.
– 1 paire de tennis bleus.
– 1 slip de bain bleu.
– 2 slips de ville blanc grand modèle.
– 1 survêtement bleu.
– 1 valise bleu en fer.
– 1 chaînette en fer munie d’une plaque.
– 1 sac de toile blanche.

Tout ce fourbi sur les bras et dans la valise, nous sommes retournés dans nos chambres afin de tout y entreposer. Là nous avons troqué nos tenues civiles pour le survêtement et les tennis réglementaires. Une étape de plus venait d’être franchie.

Le même gradé, affecté à notre étage, nous informa qu’une fois habillé nous pourrions aller déjeuner. Je pris alors mon premier repas militaire. Comme tout un chacun, j’essayais de trouver une bonne tête à qui parler, somme toute un peu intimidé. Le repas fini nous étions libres jusqu’à quatorze heures. Le son du clairon nous fit rassembler dans la cour par compagnies et sections. Nous reçûmes divers papiers administratifs pour lesquels nous disposions d’une heure pour les remplir. Je mis à profit le temps laissé libre pour remplir les formulaires afin de faire plus ample connaissance avec les gars qui partageaient ma chambrée. Il me paraissait important de lier relation au plus vite avec ces jeunes venus d’horizons très divers et avec qui je devais partager mon intimité.

Nous fûmes donc rassemblés dans la cour et dirigés vers l’office du coiffeur. Le choix de la coupe était simple, il n’y en avait qu’une, la coupe dégagée. J’eus cependant le temps de discuter avec mon coiffeur. Il était boucher dans le civil. A faire frémir.

(*) CFM Hourtin : Centre de Formation Marine de Hourtin (Gironde)
Mataf : Marins
Aubette: Poste d’entrée dans la base
Base: Il n’y a pas de caserne dans la marine mais des bases
Fusco: FUSilliers COMmando : Combattants de la marine servant de police, dresseurs, garde chiourme ils ne laissent pas forcément de bons souvenirs à ceux qui les côtoient.

A suivre

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