Le long des côtes d’Afrique

Ca y est amis lecteurs nous quittons la terre de nos ancêtre pour rejoindre le large, en fon presque et pas pour longtemps. Le 20 novembre le bâtiment quitta l’Afrique, qu’il ne devait retrouver qu’à partir du mois d’avril, le treize pour être exact. La boucle serait alors presque bouclée.

C’est au petit matin comme c’était devenu l’habitude que nous avons largués les amarres. Pour l’instant nous voguions vers l’archipel des Comores ou, pour être précis, vers l’île de Mayotte, territoire français situé à l’entrée du canal du Mozanbique entre le continent africain et Madagascar.

C’est un point stratégique mondial très important. Trente ans après ce périple, cette zone a gardé toute son importance et tout son intérêt stratégique. Les Comores contrôlent l’entrée du canal par lequel passent la plupart des supertankers venant des zones pétrolifères du golfe persique, ceux-ci ne pouvant emprunter le canal de Suez.

La France y a en garnison des légionnaires qui, si ma mémoire est bonne, étaient à l’époque du deuxième Régiment Etranger de Parachutistes, le fameux 2 ème REP, que j’eus la chance de retrouver quelques années plus tard à Orange dans le Vaucluse. Pour l’instant, trois jours de mer nous séparaient d’une terre française, où pour sortir, point ne serait nécessaire d’endosser l’uniforme, la première fois depuis Djibouti.

Il y eut tout de même de l’animation à bord, au mess OM. C’était la première fois que je voyais ça, mais un loto était organisé par les responsables du mess et du bar. Cela m’a rappelé les lotos de mon enfance à Nîmes où les plus grandes brasseries de la ville en organisaient l’hiver venu. On pouvait y gagner quantité de choses dont des paniers garnis et même des sangliers.

En attendant, sur le bord, on retrouva là, mêlés pour la première fois, les OM et les O.M.S. Les cartons coûtaient dix francs Jeanne d’arc et le litre de sangria cinq. Les lots venaient des différentes escales que nous avions faites, à savoir pour les plus intéressantes. L’Egypte, les Seychelles et le Kenya.

L’intendance dans ces cas là est très importante et forcément on demanda aux motels de participer activement aux préparations des ces agapes. Nous fûmes donc chargés de la confection de la boisson de base de cet évènement à savoir la sangria.

J’espère que tu es tout ouïe et suivre. C’est au second maître commis que revint la charge de nous fournir le matériel adéquat. En premier lieu deux grandes poubelles de 75 litres directement sorties des coquerons. Elles ne furent déclarées bonnes pour le service qu’après avoir été lavées et désinfectées par les infirmiers du bord. On n’est jamais assez sensibilisé à l’hygiène, surtout qu’ensuite elles seront de nouveau entreposées en soute en attendant le prochain loto ou la prochaine agapes.

Vint ensuite les fruits frais achetés à Mombasa. Les fruits africains sont ramassés mûrs et leurs saveurs et incomparable. Pour finir ce fut le vin, 120 ou 130 litres, celui de tout les jours plus un peu de Perrier et un peu de tafia. Nous passâmes une après midi à éplucher les fruits et à confectionner la sangria. Le résultat fut à la hauteur du travail fourni.

La soirée animée par le DJ local, très efficace, fut très réussie. Les sous-officiers s’amusèrent beaucoup et burent de même. Ca ce fut bien pour les motels somme tu pourras t’en rendre compte. Les lots proposés étaient vraiment agréables et colorés. Il y avait là des cocofesses des Seychelles, des statuettes venant du Caire, des tee-shirts venant de Djibouti et des masques du Kenya. Que des lots sympathiques. La présidence du carré, organisatrice de l’évènement ne s’était pas moquée de son personnel.

La consommation de sangria allait bon train lorsque mes amis et moi même avons eu l’idée de l’étendre un peu la boisson afin d’assurer la totalité de la demande en pichet. La quantité d’eau ainsi rajoutée fut immédiatement et intégralement absorbée par les OM et OMS. La différence du bénéfice fut pour notre pauvre escarcelle et pour paiement du travail fourni car à part une poignée de main rien n’était prévu par la présidence. De toutes les manières, les hôtes de ces lieux ne remarquèrent rien, ce qui nous permit, plus tard, de renouveler l’opération. Tout le monde fut content et alla se coucher à l’exception bien sûr, eh oui, de ceux qui prenaient le quart à minuit et de ceux qui allaient les servir.

Le retour en mer nous apporta un peu de fraîcheur mais l’humidité était partout à son maximum, elle rendait tout poisseux. Il faut que je vous brosse le décor de nos prochains périples.

L’île de Mayotte n’a pas à proprement parler un climat des plus enchanteurs. C’est une île volcanique dont le plateau basaltique retombe sur de petites plaines côtières marécageuses. Le climat y est tropical avec régime de mousson. C’est le règne de l’anophèle et du paludisme, qui est ici un des plus virulents au monde. C’était pourquoi, tous les midis, sur ordre express de Monsieur le Médecin Major, les motels et autres gens de cuisine étaient chargés de fournir à l’ensemble de l’équipage sa ration de quinine quotidienne, sous forme d’une pilule de Nivaquine.

La quinine n’est pas exactement un médicament. C’est un prophylactique, c’est à dire qu’il agit en prévention non pas des piqûres de l’anophèle femelle – eh oui toujours les femmes – mais elle pallie aux risques graves engendrés par la maladie.

Bref une belle salo., heu, cochonnerie. Bien des années plus tard, bien qu’ayant toujours pris scrupuleusement mes doses de quinine, il m’est arrivé d’avoir des poussées de fièvre aussi brèves que brutales et qui me laissaient sur « les genoux » pour plusieurs heures. Cela se caractérise en premier lieu par des frissons secouant tout le corps puis par des claquements de dents et des tremblements. On ne tient plus debout et il faut se coucher. Ensuite même sous une couverture bien chaude, on grelotte de froid même en plein été. La seule solution consiste à absorber de la quinine. C’est vraiment très désagréable.

Nous sommes donc arrivés dans cette contrée peu engageante au moment de Noël et nous espérions bien banqueter à cette occasion. Mais laissons le noble vaisseau Jeanne d’Arc arriver à Mayotte ou plus précisément dans l’anse de Dzaoudzi.

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