Le Lucullus du dimanche #6

Amis gourmands bonjour
Grandeur et décadence du primeur

Le billet de cette semaine m’a été adressé par l’ami Yorick
Cette semaine s’est ouvert à Villefranche-sur-saône le procès d’une soixantaine de personnes impliqué dans un trafic de sucre qui aurait servi à améliorer des vins du beaujolais, ce trafic se serait étalé sur les millésimes 2004, 2005 et 2006. En 2004 déjà une autre sombre affaire avait entaché la production d’une vingtaine de caves, suite à des constatations de la Direction de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.

Voila qui ne va pas arranger l’image de ce vignoble et pourtant le Beaujolais ne se limite pas à cette substance qui porte le nom de Beaujolais nouveau.

Pour la petite histoire l’appellation « beaujolais nouveau » existe depuis 1951. Jusqu’à cette date la vente des vins était soumise à un échelonnement qui visait à étaler la distribution sur l’année, principalement pour permettre l’approvisionnement des armées. Le beaujolais est l’un des premiers vignobles à sauter sur l’opportunité de commercialiser sa production en primeur, profitant de la précocité de ses récoltes. En 1967 la date de commercialisation possible du beaujolais nouveau est fixée au 15 novembre. Pour éviter la proximité du 11 novembre et pour éviter les week-ends en 1985 la date est déplacée au 3eme jeudi de novembre.

Le beaujolais est d’abord une région viticole de 12 AOC. Le beaujolais et le beaujolais nouveau ne représentent que 2 d’entre elles. Mais hélas le « succès » du beaujolais nouveau tend à éclipser les autres productions. Depuis une vingtaine d’années une démarche marketing tend à uniformiser le goût du beaujolais nouveau. D’abord par l’utilisation de levures conférant ce fameux arôme de banane, puis par l’usage de la technique de macération pré fermentaire à chaud, qui permet à l’origine de corriger les défauts d’un millésime ingrat et qui donne au vin un goût de baies.

Ajoutez à ceci que le beaujolais à multiplié par 30 en autant d’années la quantité de vins nouveaux mis sur le marché, et que la crise du marché du vin a remplit les caves des vignerons, vous comprenez que la tentation de se livrer à diverses manipulation pour vendre sa production est grande chez les producteurs les moins scrupuleux ou les plus désespérés.

Il y a pourtant beaucoup à savourer au pays du beaujolais.

Ce vin est composé à 99% de cépage Gamay, raisin noir à jus blanc, aussi dénommé petit gamay, gamay rond ou Bourgogne noir, ce cépage donne des vins peu tanniques, riches en arômes qui s’expriment tôt dans la maturité du fruit et permettent une récolte précoce. C’est un vin qui se boit frais (14°) et accompagne apéritifs, charcuteries et tartares de poisson à merveille.

L’uniformisation du goût du beaujolais nouveau rend difficile la commercialisation des autres vins de la région qui, du fait de procédés de vinifications différents, ont des saveurs différentes mais qui devraient séduire les amoureux du terroir. Outre les appellations beaujolais vous trouverez les 10 crus du beaujolais:
– Brouilly
– Chénas
– Chiroubles
– Côte de Brouilly
– Fleurie
– Juliénas
– Morgon
– Moulin à vent
– Régnié
– Saint-Amour

Le paradoxe est qu’aujourd’hui certains de ces vins sont connus du grand public qui pourtant ne les associe pas au beaujolais. Car dans notre esprit beaujolais est souvent synonyme de beaujolais nouveau qui nous évoque de joyeuses soirées arrosées d’un vin assez quelconque qui à le goût de tout sauf de vin.

Pourtant le beaujolais de grade peut se conserver 2 à 10 ans selon les appellations et le millésime (vous tenterez de conserver du beaujolais nouveau plus d’une année à vos risques et périls) et vous procurera d’exquises sensations au palais. Traditionnellement servi dans le « pot » de 46 cl dans les fameux bouchons lyonnais, il ne choque jamais à table et fait honneur à toutes les cuisines du monde.

Il à inspiré à René Fallet le livre : Le beaujolais nouveau est arrivé, qui à lui-même inspiré un film avec Carmet et Galabru.
Permettez-moi de laisser un autre finir cette diatribe contre le mauvais beaujolais et cette ode au bon en citant Léon Daudet:
« Lyon est une ville arrosée par trois grands fleuves: le Rhône, le Saône et le beaujolais, qui n’est jamais limoneux ni à sec. »

Gastronomiquement votre, Lucullus

Le site de la Confrérie des amis de Lucullus

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