Le nouvel an en mer

C’est un marin épuisé qui reprit la mer le 30 décembre avec comme objectif l’île de la Réunion puis celle de Maurice. Entre temps Thierry et François mes deux amis m’avaient bien gâté le temps de mon passage à l’infirmerie. C’est là bas que je sympathisais réellement avec Doumé, un infirmier corse qui régnait sur son petit monde avec une grande gentillesse et un grand dévouement. Nous nous sommes arrangés quelques coups sympathiques pendant la seconde campagne.

Donc, parti de Mayotte le trente, je repris mon service ce jour, car même fatigué, je préférais assurer mon service par correction envers mes collègues, qui me blaguèrent néanmoins lorsque je revins au mess.

Le trente et un le Pacha accorda pour tout le navire un service du dimanche à la mer, ainsi que le premier janvier du reste. Dimanche à la mer est synonyme de repose pour tous. Le navire tourne au ralenti en quart dédoublé.

En attendant, pendant la journée du trente, la Jeanne fila bon train qu’une partie de la nuit. Nuit où il y eut tout de même le poste de combat habituel vers cinq heures du matin. Il ne fallait pas que l’équipage puisse confondre un navire de guerre de la Marine Nationale avec un quelconque bâtiment des croisières « Paquet ». L’ambiance générale était cependant à la bonne humeur et à la décontraction. Un air de fête flottait sur le Porte-hélicoptères qui préparait, tout comme le Forbin, et avec enthousiasme les festivités de la Saint Sylvestre.

Le grand jour arriva. Tout le personnel du CMA2 était pris d’une frénésie afin que tous soient contents. Les cuistots du bord, en relation avec le commis et les boulangers, s’étaient dépassés. Le repas du réveillon se mitonnait dans les cuisines. Le commis sorti de bonnes bouteilles des ses coquerons et les boulangers firent de la baguette pour tout l’équipage. C’était là un véritable exploit de leur part, car n’ayant pas de façonneuse à la « boulange » ils firent des heures supplémentaires. L’équipage avait généralement droit à du gros grain mais, pour ce jour de fête, l’ordinaire fut changé et la bonne baguette bien fraîche fut faite pour les huit cents personnes du bord. Pour les avoir vu travailler d’arrache-pied dans la minuscule boulangerie je n’ai pas souvenir d’en avoir vu un tirant la tête. Tous arboraient un grand sourire et travaillaient dur pour réaliser le challenge. La sueur ruisselait sur les visages mais l’intensité du travail ne baissait pas. J’aurais là aussi l’occasion de vous reparler des boulangers. Cela vaut le coup.

Je ne me souviens pas de l’intégralité du repas mais il y avait, j’en suis sûr, du saumon fumé, du foie gras, du muscadet et de la bûche glacée. Le personnel apprécia cette fête qui finit bien tard dans la nuit. Il est dur en effet de passer les fêtes de fin d’année loin de sa famille, aussi pour une fois, le bord ressembla plus à un navire de croisière qu’à un bâtiment militaire.

Le lendemain, des festivités furent organisées sur le pont d’envol. Les hélicoptères furent remisés dans le hangar à l’exception de l’Alouette pour raison de sécurité, si par un hasard malheureux, un homme tombait à la mer. Il y eut une course en sac, un tir à la corde, et une course de garçons de café à laquelle, je participais. Le matin dans le hangar eut lieu, un tournoi de volley et une compétition de tennis de table.

Pour revenir à la course de garçons de café, il faut dire que ce fut une épreuve très amusante. Le principe en était simple. Il fallait dans un minimum de temps effectuer un parcours en aller et retour sur le pont d’envol. Pour la première partie, nous devions enjamber des obstacles, marcher sur une poutre et zigzaguer entre des plots. Le retour se faisait en ligne droite le plus rapidement possible. Le tout bien sûr, sans faire tomber ou renverser le plateau que nous tenions d’une main et sur lequel étaient posés, une carafe d’eau ainsi qu’un verre rempli également. Je ne fus pas très brillant je dois dire mais je me suis bien amusé et l’essentiel était là pour moi.

La journée fut agréable et aussi bien les gradés que l’équipage, retrouvèrent dans ces instants de détente une âme d’enfant. Tout ceci cependant, se calma dès le soir car le lendemain matin nous arrivions pour trois jours d’escale dans l’île de la Réunion. Nous serions à quai au port de Saint Denis. Le temps se gâta quelque peu, c’était la période des pluies sous les tropiques. Nous étions dans l’hémisphère austral et c’était l’été. Le soir donc, une fois tout redevenu calme, l’équipage alla dormir afin de pouvoir préparer le poste de manoeuvre dans de bonnes conditions

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