Les Comores (Part1)

La Jeanne fit donc son approche le jeudi vingt-deux décembre 1977.
La fin de l’année arrivait et Noël étant à nos portes, je pensais à mes proches. Je n’avais jamais passé Noël autrement que dans ma famille et, pour la première fois où cela m’arrivait, je me trouvais à l’autre bout du monde. Cela me déprima un peu mais mes amis étaient heureusement là.

Je ne le savais pas encore, mais Mayotte allait être pour moi le lieu de nombreuses aventures tant avec mes compères que seul.

Il n’y avait pas de quai pouvant accueillir le bâtiment aussi ce fut en rade que nous avons mouillé. Le jeudi se passa exactement comme tous les premiers jours d’escale passés ou à venir, c’est-à-dire par des corvées diverses et variées. Dès que nous pûmes sortir, nous empruntâmes le LCVP pour rejoindre la ville. Je ne sais plus très bien la tête des lieux. Là où nous avons débarqué ce n’était pas reluisant. Une fois à terre, nous nous sommes un peu promenés histoire de se dégourdir les jambes sur le plancher des vaches. La soirée fut brève et s’acheva avec des légionnaires en buvant une bière locale. Le lendemain tout fut différent. J’étais libre pour onze heures mais je préférais alors manger à bord et sortir ensuite, heureusement.

Cette journée du vingt-trois fut pour moi une de ces journées que l’on n’oublie pas. Vers trois heures, je rencontrais dans un estaminet proche de l’embarcadère un groupe de trois légionnaires avec qui je sympathisais rapidement. Nous parlions de la France qu’ils avaient quittée depuis trois ans déjà. Il n’étaient pas très bavards mais sympathiques en diable

Là commence ma première aventure. Je vous assure cesont des moments qu’on oublient pas même 30 ans plus tard.
Après avoir sillonné les rues environnantes, et parlé des Comores ces braves militaires m’invitèrent à boire une bière. Je voulus la payer mais je me vis répondre qu’il était impensable que l’on puisse refuser l’invitation d’un légionnaire sans pour cela lui faire une grave offense.

Les connaissant un peu depuis Djibouti, je n’insistai pas. Nous nous sommes installés au comptoir d’un bar et là, qu’elle ne fut pas ma surprise de voir ces braves garçons défaire leurs ceinturons pour l’enfiler aussi sec dans l’anneau se trouvant devant eux. Anneau qui était fixé au bar.

Devant leurs mimiques je fis de même. Là, l’un d’entre eux commanda quatre bières. Quoi de plus naturel me direz-vous? Eh bien non! Ma surprise et ma frayeur furent à leur comble lorsque je vis le barman s’approcher de nous et déposer sur le comptoir quatre caisses de bière, le sourire aux lèvres et l’œil goguenard et sous le rire tonitruant des légionnaires.

Fallait-il boire tout cela? Eh oui! Sous peine de vexer mes amis je dus très difficilement ingurgiter petit à petit mes vingt-quatre tartines de houblon. Imaginez donc mon effroi et mon état lorsque nous finîmes l’apéritif, car c’était l’apéritif.
De sacrées natures ces légionnaires, je vous le dis.

A ce moment, ces charmants jeunes gens m’invitèrent à manger avec eux à l’aérodrome où ils devaient se rendre pour prendre leur service. Je les accompagnais donc espérant limiter les dégâts en mangeant un morceaux copieux au demeurant.

Mon état n’était plus normal et je fis la plus grosse boulette de ma vie. J’osai dire à ces messieurs que dans la Marine on encaissait mieux que dans la Légion.

Galéjades d’ivrogne et de peu d’importance me diriez-vous! Que nenni! Piqués au vif, ils me mirent au défi de le prouver. Aussitôt dit aussitôt fait, je me retrouvais assis à une table pour d’abord me sustenter un peu d’une microscopique escalope qui se cachait sous trois petits pois.
Je te rappelle aimable lecteur que j’étais fin bourré et aurais dévoré un bœuf entier.

Vint alors le tour de la boisson. Oh misère ! L’un d’entre eux s’assit devant moi et l’on amena deux quarts de fer blanc, d’une capacité que je trouvais conséquente. Tu sais toi qui à fait l’armée, ces quart que l’on trouve sous le bidon, tu vois de quoi je parle n’est ce pas.
Ni une ni deux ils remplirent de vin rouge. Il fallait s’exécuter.
Mon adversaire vida le sien d’un trait, je dus en faire autant.
Le regard étonné et le sourire aux lèvres ils répétèrent l’opération sous mon regard médusé. Fallait il boire le calice jusqu’à la lie?

Je ne finis jamais le second quart. Je me levai précipitamment et me libérai de toute cette boisson dans un grand bruit et avec grand soulagement.

En avais je fini avec cette folie? Et bien non.

Tu sauras tout cela bientôt ami lecteur…

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