Les Comores (Part3)

Une mauvaise nouvelle nous attendait ce matin du vingt-quatre. Le pacha, avait effectivement décidé que tout le personnel passerait le réveillon à bord. Nous étions consignés.

Cela fit beaucoup de bruit par la suite car les autorités locales ainsi qu’une partie de la population avaient préparé des festivités en notre honneur.
De toute façon les motels eux se devaient de rester à bord pour servir le repas plus qu’amélioré qui attendait les OM. Ce fut grandiose et délicieux. Rien de nouveau me diras tu cher lecteur, concernant la vie du bord. Les motels étant là pour servir ils ont servi. Oui!

Cependant, pour faire plaisir à François et pour avoir l’air un tantinet militaire, n’oublie pasque je ne participais pas à une croisière mais à une campagne militaire, j’avais accepté de m’inscrire tout comme lui au corps de débarquement, ou CORPS-DEB dans le jargon militaire, qui aurait lieu le lendemain 25 décembre.
Je pense que là se trouvait la raison de notre consigne à bord. Le pacha désirant avoir son personnel au complet pour le lendemain.
La nuit fut longue et fatigante, tant par le travail que par les festivités, bien que je n’y participai guère du fait de mes abus la journée précédente. Grand bien m’en prit comme tu vas pouvoir en juger mon ami!

Le vingt-cinq, dès sept heures il fallait se trouver sur le pont d’envol, tout équipé. A savoir, tenue de brousse avec chapeau, sac à dos contenant l’approvisionnement nécessaire et un fusil muni de ses munitions, à blanc bien sûr.

C’était la première fois depuis Hourtin que je retouchais à une arme. Mon dieu qu’elle était lourde, à moins que ce ne soit du aux relents de mes agapes du 24. Nous fûmes groupés en section. François était avec moi ainsi que deux autres matelots. Un second maître fusco grand comme un jour sans fin mais très sympathique nous commandait. C’était le seul de tous les fuscos dont la compagnie fut sympathique et agréable, comme quoi il ne faut jamais désespérer.
– Comment, que dis tu, qu’est ce qu’un fusco?
– Tu n’étais pas là au début alors je veux bien répéter mais n’y reviens pas.
–  » Un fusco c’est une fusilier commando, une bête à combattre. Les seuls de la marine avec les artilleurs à manier des armes. »

Le but de la manoeuvre était de marcher un certain nombre de kilomètres, dix peut être vingt, je ne m’en souviens plus, et ensuite de tenir une position pendant toute la nuit face aux légionnaires qui devaient nous en déloger.
Là commença ma dernière aventure dans cette île.
Surtout suit bien car elle n’est pas forcément en mon honneur alors je ne vais pas me répéter.
%%Tout d’abord, la marche se fit uniquement en montée, au début tout alla parfaitement, j’étais à priori remis de mes fatigues précédentes. En fait ça grimpait dur et il faisait une chaleur d’enfer. Le taux d’humidité était à son maxi et les moustiques ressemblaient à des libellules. Leurs vrombissements avaient quelques chose d’obnubilant.
La fin alla nettement moins bien. La montée se terminait par un raidillon où la route serpentait. La chaleur était atroce et j’attendais la nuit avec impatience. Il ne me restait plus que trois ou quatre cents mètres à parcourir lorsque je m’effondrai. Le coup de bambou comme on dit, soudain, brutal, imprévisible. Je ne me sentais plus la force d’aller plus loin.

A cet instant, quelqu’un me mit une grande claque dans le dos, et, au moment où j’allais apprendre à vivre à cette personne par des mots choisis, je vis sur ses épaulettes, un grand nombre de barrettes jaunes. Mes yeux cillèrent, j’en comptais cinq. Heureusement qu’il me restait quelques pensées lucides pour la journée.
Le seul à bord à pouvoir arborer cinq galons dorés sur ses épaulettes, était le pacha. Grand dieu, quelle secousse. D’une voix douce et agréable il me dit alors: » Alors mon petit gars, on cale? » « Encore un effort et on est arrivé. » Devant ma difficulté à me tenir debout et à avancer, il me proposa même de porter mon fusil. La honte !!!
Je tressaillis, et mon orgueil reprenant le dessus, je le suivis mon fusil à la main. Je le remercie encore de m’avoir secoué et aidé. Cela valait un vrai coup de pompe dans le cul mais j’ai quand même préféré sa petite phrase.

Une fois arrivé sur le promontoire, il fallut monter le camp. Notre section se vit attribuer un coin qu’il fallait surveiller toute la nuit à tour de rôle. Défendre oui mais contre quoi? ….
Contre des légionnaires. Evidemment mais pour l’instant l’important c’est qu’on put enfin manger et boire un coup.

Tout ce beau monde sortit de son sac à dos ses rations de combat vitaminées. L’armée et la marine en particulier font bien les choses. En fonction du type de manœuvres ou de combats réels l’approvisionnement est prévu sous forme de produits lyophilisés et de boite de conserves.
En tant que motel, François et moi avions légèrement modifié celles-ci afin de les rendre plus attractives. Il y avait donc du rosbif, des boîtes de pâté, du camembert et nos gourdes étaient remplies non pas d’eau comme il aurait fallu, mais de muscadet de Sèvres et Maine. Les officiers qui se trouvaient non loin de là, s’en étonnèrent. Nous fîmes profiter le Second Maître de nos victuailles.
On ne savait jamais rester à notre place à cette époque et nous avons ensuite poussé le bouchon un peu plus loin. Après le café nous nous permîmes de porter aux officiers supérieurs se trouvant là, à savoir le commandant de la Jeanne, le pacha en personne, son chef du service intérieur, qui nous connaissait bien depuis Alexandrie, et quelques autres, de petits pruneaux à l’armagnac que nous avions emportés afin de pouvoir finir agréablement cette journée du vingt-cinq décembre 1977.
Ils furent très étonnés, mais très contents. Le pacha nous demanda notre nom et notre poste, et, lorsque nous lui avons appris que nous étions motel OM, il sourit et nous promit de se souvenir de nous à l’occasion s’il avait un petit service culinaire à nous demander. Nous lui assurâmes que nous étions à son service et que nous serions toujours prêts à lui être agréable. Il s’en souvint plus tard… Cet homme là avait une mémoire d’éléphant.

Mais pour l’instant il fallait monter la garde. Heureusement il y avait beaucoup de café. Vers cinq heures, j’entendis non loin de moi des bruits suspects dans les feuillages en contrebas. Pensant qu’il pouvait s’agir d’une attaque commando des légionnaires, j’en parlais à François et d’un commun accord nous ouvrîmes le feu. Quelle ânerie et quelle engueulade! C’étaient sans doute des singes. Mais les guignols se furent bien nous

Le soleil étant levé, il fallut repartir crapahuter, de ça je n’étais pas au courant, je pensais rentrer tranquillement en descendant ce qu’on avait monté la veille.
Nous dûmes tracer notre route à coups de coupe-coupe et se relayer pour porter le F.M., très rapidement ce fut le Second qui s’en chargea. C’était une force de la nature. Cela faisait plusieurs heures que nous marchions sous le soleil torride lorsque nous abordâmes encore une fois un raidillon.
Je le dis tout net, je n’aime pas les raidillons et celui là me fut fatal mais alors fatal. Alors que je grimpais péniblement je fus pris d’étourdissement, les papillons dans les yeux et les bourdonnements d’oreille. Là aussi je n’avais rien vu venir et m’évanouis.
Je ne me réveillais qu’à bord de l’hélicoptère qui était venu m’hélitreuiller. J’étais complètement déshydraté. C’était un comble après tout ce que j’avais picolé depuis 3 jours. Je finis l’escale dans un lit de l’infirmerie sous les quolibets des mes collègues motel et je dois dire aussi de quelques infirmiers, dont mon ami Doumé.

Tient ami, voici la preuve de la forfaiture. Le mec sous l’hélicoptère c’est moi!!

Ce fut dans ces conditions, que je quittais les Comores, et que la Jeanne prit la mer en direction de l’île de la Réunion. Mais avant nous allions passer le réveillon du nouvel an en mer. Ce fut nettement plus amusant.

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