Oui c’était fait

me voila dans le grand bain dans cette immense machinerie d’acier qu’est un bâtiment qui plus est de guerre. C’est très impressionnant quand on a 19 ans.

.G
« François, me dit-il »
« Surcouf », fut ma réponse.
ô toi lecteur assidu des mes aventures, tu ne crois pas que je vas te refiler mon identité, pourquoi pas mon code bancaire pendant que tu y es.
Pfff non mais des fois, il y en a qui ne manquent pas d’air

Bref je suivi François dans un dédale de coursives, de ponts (*), d’escaliers pour enfin arriver au poste n°1 (*).
Il me fallait choisir une bannette de libre.
– » Si tu en trouves, prends en une au milieu. »
Je le regardais, questionnant du regard.
– » En bas elle sont petites et ça sent les pieds. Les casiers à chaussures sont juste en dessous. »
– » Effectivement, si je pouvais éviter »
– » En haut ce sont les plus grandes, mais il y a de la lumière en permanence jour et nuit »

Pour les néophytes qui n’auraient pas lu l’épisode précédent voici à quoi ressemble une bannette.

« Cette vision de mon lit me surprit quand même un peu. Je découvris la promiscuité des lits. Certes je connaissais déjà l’internat, mais là on était vraiment les uns sur les autres. Une bannette, tel est le nom donné au lit, était une structure rectangulaire faite d’un tube en métal d’assez gros diamètre sur lequel était capelée une bâche au moyen d’un bout passant dans des oeillets. Sur l’ensemble était posé un matelas assez fin. Une fois monté dessus, on pouvait tirer un petit rideau bleu marine qui permettait ainsi de s’isoler pour pouvoir dormir. Le long de la paroi se trouvait une petite lampe ainsi qu’un aérateur diffusant de manière parcimonieuse un air qui pour être parfois frais n’en était pas moins d’une odeur fétide. Une boîte était également fixée à cette paroi. On pouvait y mettre un livre. »

La première journée se déroula rapidement du moins selon les souvenirs que j’en ai. Après avoir réservé une bannette, et trouvé un caisson pour ranger mes affaires, François m’emmena jusqu’à mon nouveau lieu de travail, le mess O.M.

La première vision que j’eus de cet endroit fut l’office. Un lieu tout en inox. Une longue « rampe » avec deux « tireuses », une pour la bière l’autre pour le vin que l’on appelait Emilienne. Cette dernière est très connue dans la Royale pour son comportement des plus léger. On lui « tâte le cul ». C’est à dire que l’on actionne la pompe manuelle afin de remplir, à partir d’une touque, les pichets de vin.

La répartition générale du mess était faite en trois parties. La première c’était donc l’office avec sa rampe, ses tireuses, ses bains-marie que l’on appelait steam, son frigo, quelques placards de rangement et le percolateur de soixante-dix litres. La seconde partie, prolongement direct de la première était la salle à manger proprement dite, munie de tables et de moleskines. Sous chaque banquette se trouvait la réserve de vaisselle. Enfin la troisième et dernière partie était la plonge.

Je n’en avais jamais vu de semblable. Depuis cette pièce, par un passe-plat, on avait vue sur la salle à manger. Devant cette ouverture on recevait les assiettes que l’on vidait par une trappe dans une poubelle. On installait ensuite la vaisselle dans des chariots prévus à cet effet. Chariots que l’on glissait ensuite dans la machine à laver. On entrait les chariots d’un côté, on refermait le capot hémisphérique puis on actionnait une manette placée sur le devant de la machine. En moins de cinq minutes la vaisselle était propre. On actionnait alors une seconde manette qui déversait sur les assiettes et autres ustensiles de vaisselle, un produit séchant qui faisait son effet en deux minutes. Il existait une annexe à cet ensemble. Il s’agissait des toilettes, qui ne m’ont pas laissé que des bons souvenirs. Tous ces lieux étaient clos, sans vision sur l’extérieur, baignés par la lumière blanche des tubes néon.

Onze heures approchait
– » Viens t’asseoir ici on va manger »
Je fis alors connaissance avec les cuisiniers du mess O.M. – O.M.S. et les motels du carré OM. François m’indiqua mon boulot.

-« C’est simple, tu vas voir. Il suffit d’aller chercher les plats en cuisine et de les déposer sur les tables. »
-« Je devrais m’en sortir », rigolais je
-« Ensuite on débarrasse et on dresse le deuxième service. C’est là qu’il faut faire vite. OK ? ».
-« Ok compris »
Il n’y avait aucune difficulté particulière dans ce travail. Je le fis facilement.

Le service fini, je dus me plier à toute une série de mesures administratives. J’appris que j’appartenais au CMA2 (2ème compagnie du commissariat). Je remplis divers papiers, et je m’en fus avec François toucher mon couchage (drap et couverture).

-« J’espère qu’on ne doit pas grimper des échelles comme cela en permanence ».
-« Non t’inquiète pas. Mais il faut se dépêcher pour préparer le service du soir ».

La journée se termina donc par le service du soir qui était restreint car les officiers mariniers se rendaient chez eux après dix-sept heures. J’eus alors la chance de retrouver Thierry qui appartenait lui aussi au Commissariat.

L’activité était plus fébrile que le midi. J’en fus étonné. Une fois le service fini et la vaisselle faite, François m’appela :
-« Eh Surcouf magne toi. On prend une douche et on se tire »
-« Quoi, comment on se tire? « 
-« Ben oui quoi on sort, t’es plus à Hourtin » rigola-t-il joyeusement.
-« Ici, après le boulot on sort »
-« Ah bon ! je te suis. »

Nous étions Certes dans l’armée mais ce n’était plus les classes. C’est ainsi que, accompagné de Thierry et de François, je fis ma première sortie brestoise.

Pour la première fois je quittais l’arsenal, bien sûr nous étions à pied. Nous sommes passés porte Cafarelli et nous avons, tout en suivant François, passé le pont de Recouvrance et remonté la rue de Siam.
-« Où nous amènes-tu comme ça ? » demanda Thierry
-« Surprise les jeunes, vous m’en direz des nouvelles ! »
-« Roule bonhomme, on te suit », dis-je

Tout en haut de la rue de Siam se trouve une grande place que nous avons traversé, et François nous emmena dans un bar où il n’y avait pas moins de trois cents sortes de bières. Je n’avais jamais vu cela, et j’étais fasciné. Après quelques verres mutuellement offerts, l’heure avançant, nous sommes redescendus vers le port. Là, un peu après le pont, dans une petite rue sur la gauche, nous avons décidé de boire un « dernier coup ». C’est comme cela que j’ai découvert le « Caboteur », qui fut longtemps la dernière étape nocturne de nos pérégrinations, rue de Verdun si je me souviens bien.

Toute ma vie, je me souviendrai de cet endroit. J’y ai passé de longues heures. C’était un charmant petit estaminet sympathique, dirigé par une non moins charmante dame d’une cinquantaine d’années, à l’époque, avec une clientèle d’habitués. Nous avons commandé trois Carlsberg pression et j’ai mis une pièce dans le juke-box pour avoir un peu d’ambiance. Je devenais mélancolique, tout cela allait trop vite pour moi. Je ne savais plus très bien où j’en étais. Parmi le choix, un titre attira mon attention : « Recouvrance ». Comme le pont du même nom dont nous n’étions éloignés de quelques deux cents mètres. Je le choisis et j’entendis une complainte poignante dont je ne me souviens encore en partie des paroles. Il était presque minuit et nous sommes rentrés nous coucher car demain matin, à sept heures, il fallait servir le petit déjeuner pour les cent soixante bonshommes dont nous avions la charge.

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