Penchez vous et faites Ahhhh ! – La revue 2008

Début 2008, notre pays inaugurait une politique de civilisation[1], concept post-moderne de reconstruction des normes, des repères, des critères et des règles, pour contrer le pessimisme ambiant. Pour marquer le coup, l’instigateur de cette nouvelle renaissance, Nicolas Sarkozy, augmentait ses émoluments de 172%.

Il est vrai que les temps s’apprêtaient à être durs[2].

Parallèlement, notre pays de tradition laïque s’en remettait à Dieu qui, je cite notre vénéré Président, n’asservit pas l’homme mais qui le libère[3].

Il fallait bien ça, la crise des subprimes faisait ses premières victimes. Au royaume des aveugles, les non-voyants sont rois. La Société Générale se mangeait l’affaire Kerviel avec 5 milliards d’euros perdus.

Dans le même temps, notre Président convolait en justes noces. Une manière, sans doute, d’adoucir avec un nouveau romantisme forcené le bon peuple qui s’apprêtait à lui flanquer l’avoinée aux municipales.

Car il devait le sentir que ça allait tourner vinaigre du côté des communes. Est-ce pour ça qu’il a écarté un réticent en territoire urbano-rural d’un casse toi pauv’con ? Peut-être…

En mars, alors que le Tibet subit la répression chinoise et que les jeux olympiques approchent à grands pas, notre illustrissime président déclare à propos de la cérémonie d’ouverture : je me vois mal, à titre personnel, assister à cette manifestation sportive sans réagir. On sait qu’il a tenu parole puisqu’il a demandé à Pékin de mettre fin à la violence par le dialogue.

Il est vrai qu’un dialogue constructif, y a que ça de vrai. D’ailleurs, un mois plus tard, la flamme s’éteignait lors de son parcours parisien pour marquer l’apaisement des tensions.

Faute de pouvoir agir en Chine – faut bien sauver les contrats -, autant envoyer un nouveau contingent de 1000 soldats en afghanistan, pays des mobylettes supersoniques, non ? D’autant qu’à s’effondrer dans les sondages pour bling-blinguerie, il y avait urgence à redresser la barre.

Quoi de plus efficace alors qu’un petit passage au Buckingham Palace sapé Milord au bras du sosie de Jackie Kennedy, le tout assorti d’un mea culpa audiovisuel ?

Mais ça n’a pas suffit !

En mai, le Président du pouvoir d’achat déclare les caisses de l’Etat sont vides. Alors, aller chercher la croissance avec les dents, on n’y pense même plus ! Les prix flambent, la population s’inquiète.

Dans un tel contexte, la Rolex est trop ostentatoire. Elle est troquée séance tenante par une très discrète Patek Philippe en or gris qui ne coûte que 45000 euros[4]. Légèrement plus de 3 ans de smic et un chouïa plus onéreuse que celle qu’il fallait cacher. Une misère !

Peu importe, l’actualité frétillante et le fait divers sordide ont permis l’esquive. Quoi de mieux qu’un mariage annulé pour hymen sectionné ou que le remplacement d’un présentateur de JT vedette pour détourner le regard, mmmh ? Une tranquilité retrouvée.

La période estivale est bénie pour le couple présidentiel. La première dame de France termine son disque et son époux de mari devient président de l’Europe. Amour, Gloire et Beauté.

Même Ingrid Bethencourt qu’on attendait plus est relâchée. Las, le Président sauveur n’en est averti qu’après la parution de la dépêche AFP. Dire qu’il s’était donné tant de mal.

Je vous passe le détail du grand raout du sommet de la Méditerrannée et de la réforme des institutions, la période est à la liesse. Les jeux Olympiques démarrent. Le Dalaï Lama est évité, le disque attendu sort, le chômage augmente, l’essence aussi. C’est les vacances, tout le monde s’en fout. A part peut-être les crèves-la-fin et la France qui se lève tôt.

Malheureusement le bonheur est de courte durée, la France enterre 10 morts au combat en Afghanistan. 10 gars qu’on avait envoyé pour restaurer la paix. Il l’auront trouvé éternellement, les pauvres. Pour rien. Ce drame entache le simili-succès de l’arrêt des hostilités Russo-Géorgiennes survenu quelques jours plus tôt.

A gauche, silence radio. Nombrilisme, égocentrisme et débâcle. La tendance est confirmée par l’université d’été des socialistes qui jouent les tontons flingueurs en préparation du congrès de Reims. Ils attendent eux aussi le miracle. A moins que ce ne soit la visite du Pape.

D’ailleurs, elle survient… la visite.

Notre Président n’en peut plus de joie. En plus, Ratzinger se rend à Lourdes. Comme le dit si bien notre Guide National, parlant de Lourdes : On y vient souvent chercher une guérison du corps, on en revient avec une guérison de l’âme et du coeur. Même pour le profane, il existe bien un miracle de Lourdes : celui de la compassion, du courage et de l’espérance, Amen Ah bon ?

Le miracle a lieu. Même que Notre Président du pouvoir d’achat reprend dans la foulée son bâton de pélerin pour fustiger les errements financiers de capitalistes verreux faisant abstraction des règles de l’éthique, de la morale et de la responsabilité.

Ben ouais. La crise est là et bien là. Faut pas croire, il est difficile de s’acclimater. Faut éviter que tous ceux qui ont avalé les couleuvres crus aux promesses électorales s’étouffent face aux parachutes dorés qui fleurissent ça et là en ce difficile début d’automne. Sans cesse sur l’ouvrage remettre le métier pour que la pilule passe, que la plèbe accepte les concessions à venir.

Surtout que l’hiver approche à grand pas. Surtout que la crise qu’on ne nommait pas s’est bien installée. Surtout que ça vire à tour de bras et qu’on est dans le gouffre pour un moment apparemment.

Et à gauche ? Ben… rien. Une année d’occasions manquées, une année d’empoignades. Ils n’ont bougé d’un bloc que pour se réjouir de l’élection de Barack Obama. Ridicule.

2008 comme je l’ai ressenti s’achève. M’est avis que 2009 sera pire, entre crise internationale et réformes nécessaires.

Mais ne vous en faites pas. Au début ça pique un peu, après on ne sent plus rien.

Bon début d’année 2009 les gens.

Notes

[1] Voir

[2] y compris pour la politique de civilisation qui a disparu corps et bien

[3] cf .Discours de Nicolas Sarkozy en Arabie Saoudite

[4] A peine un peu plus cher que le modèle or blanc

Giskette

Geekette coquette avec un chat et un gros défaut... mes parents : je m'appelle Gisèle

1 réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*