Seychelles que j’aime (Part two)

Bon, mataf mon ami reprend la discussion précédente sinon tu ne vas pas suivre.

C’est en pensant à tout ceci que je débarquai de la coupée (1) où le bruit et l’odeur du bâtiment me firent revenir aux contingences immédiates. La nuit fut calme. Le service de quart est allégé en escale. Les bordées sont souvent dédoublées, aussi ai-je pu me recoucher entre les services (2) ce qui me permit d’être relativement en forme le matin.

Le jeudi huit, mes compères m’ayant rejoint dès sept heures pour cause de service à la mer, les corvées furent vite expédiées et je me retrouvais ainsi qu’Eric, avec devant moi, deux jours de congé. De plus, chose estimable un service de dimanche (3) pour le vendredi. L’avantage de ce service, c’est que, si l’on ne travaillait pas le lendemain, nous n’étions pas obligés de regagner le bord pour l’appel de sept heures trente. Je fus donc libre jusqu’au samedi sept heures.

Là j’espère que tu as suivi. Sinon va en bas du billet, il y a des notes

Accompagné d’Eric, j’utilisais la Mini-Moke pour rejoindre immédiatement « Beauvallon Bay » y louer une chambre et prendre un bon bain dans une vraie baignoire. Dans toutes les escales où j’ai eu la possibilité de le faire, ce fut une de mes premières activités. Or donc, revêtus de nos uniformes blancs fraîchement lavés et repassés, c’est d’un coeur léger que nous partîmes à la découverte de l’île.

C’est bien dit là tu ne trouves pas?

Pour autant que je m’en souvienne, il n’y avait qu’une route principale sur Mahé et elle faisait le tour de l’île. Oh, elle n’était pas bien large ni même bien carrossée (4) mais elle passait par des lieux féeriques, desquels j’ai pris beaucoup de diapositives que je regarde encore avec plaisir.

Avant notre départ de Victoria, nous sommes passés par le « syndicat d’initiative » afin de nous pourvoir en renseignements et objets divers, que nous n’avions point trouvés dans notre NPV, comme par exemple, une carte suffisamment détaillée.

Roulant à petite vitesse, sous un beau soleil illuminant un ciel d’un azur sans tâche, nous avons commencé à admirer le paysage. Partout autour de nous, ce n’était que végétation luxuriante. Les magnolias, les flamboyants, les cocotiers nous environnaient comme bien d’autres essences exotiques dont j’ignore encore les noms. La lumière jouait dans les feuillages et créait des harmonies de tons, abreuvant mes yeux écarquillés d’une merveilleuse sensation de féerie.

Dès fois je m’étonne de mon lyrisme. Pas toi ami lecteur?

La route sortait de Victoria en longeant un cimetière pour le moins inhabituel. Ici point d’alignements tristes et ternes, mais au contraire les tombes n’étaient visibles que par la présence de petites stèles ou de croix disposées dans une prairie qui escaladait une colline doucement ondulée. C’était comme si les gens choisissaient l’emplacement de la sépulture au hasard, comme si le choix du lieu n’avait d’autre ambition que d’apporter au défunt un meilleur repos. Si je m’attarde quelque peu sur cette description c’est que ces lieux m’ont fortement marqué et m’ont apporté une autre vision de la mort. Je n’ai retrouvé cette impression qu’aux Antilles. C’est une impression de calme et surtout de sérénité absolue.

Chemin faisant, notre visite nous mena le long de la côte par une route sinueuse passant et repassant sous les arbres desquels s’échappaient les cris de nombreux oiseaux. Il est vrai qu’une des îles de cet archipel, est surnommée « l’île aux oiseaux ». C’est l’île de Praslin. Les gens que nous croisions arboraient tous de larges sourires qui incitaient aux contacts. Dès que nous arrêtions le véhicule, soit pour admirer une vue particulièrement pittoresque, soit pour prendre des photos, de jeunes enfants se précipitaient vers nous non pas pour nous accabler par des marchandages ou par des invites peu louables mais bien au contraire pour engager une discussion bien amicale. Ils voulaient savoir qui nous étions, d’où nous venions, pourquoi nous étions là.

(1) Coupée : passerelle permettant de rejoindre depuis le quai ou une embarcation l’intérieur du navire.
(2) Entre les services: ben oui on travaille aussi la nuit sur un bateau.
(3) Lors d’un service du dimanche on peut partir en escale dès 10.00 si on ne travaille pas
Si au lendemain d’une permission on est en service de dimanche, service allégé, et qu’on en travaille pas alors on est pas obligé de rentrer sur le bord. On peut découcher.
(4) Je te rappelle que nous sommes en fin 1977. Les Seychelles ont dû changer depuis.

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